Accueil ChallengeAZ -E- El Arish

-E- El Arish

2
3
535
1798 13ème demi-brigade en Egypte - 1

1798 13ème demi-brigade en Egypte – 1

Laurent Huet est né le 1er octobre 1772 à Vicq-sur-Nahon (Indre). Il est le fils unique de Félix Huet et Marie-Anne Rioland. Veuf l’année même de sa naissance, son père se remarie et aura plusieurs enfants dont Jean-Baptiste, notre aïeul.

 

Le jour de la Saint-Martin d’hiver (11 novembre) 1788, Laurent entre en apprentissage chez un menuisier de Vicq-sur-Nahon.

 

A date indéterminée, il est incorporé à la 13ème demi-brigade d’infanterie laquelle avait été constituée le 19 juin 1795 et composée du premier bataillon du Régiment de Champagne (7ème R.I) et de deux autres venant des 5ème et 6ème bataillons de Volontaires de la Gironde.

 

Laurent appartient à la 3ème compagnie du 1er bataillon ; il est nommé caporal le 21 juin 1795. Il participe aux combats de Vendée pour la répression des troubles contre-révolutionnaires (1795/1796). Le 1er nivôse An V (21 décembre 1796), dans un acte notarié relatif à des fermages, il est noté comme passant sa permission à Vicq avant de rejoindre à Bourges son bataillon allant en Italie.

 

Le 17 floréal An VI (5 mai 1798), le 1er bataillon quitte Gênes pour Toulon puis part en Egypte.

En décembre, il prend position au fort d’El Arish sous les ordres du commandant Grandpain. Les hommes viennent juste de percevoir le nouvel uniforme composé d’un habit cramoisi assorti de retroussés et parements puce, passepoil blanc, collet bleu et passepoil bleu. Les Grenadiers sont commandés par le capitaine Feray.

 

Pour le général Kléber, à qui a été confié le commandement de l’expédition, El Arish est une des clefs du pays car il commande le désert s’étendant de la Syrie à la terre des Pharaons. Ce fort est alors le poste le plus avancé de l’armée française. Entouré d’un mur très élevé formant quatre angles droits, chacun flanqué d’une petite tour octogonale, il est défendu par plusieurs pièces d’artillerie. Il fut pris par les troupes françaises le samedi 2 mars 1799. Ce jour-là, beaucoup de Mameluks périrent. Les maisons intérieures avaient été détruites à l’exception de celles qui pouvaient servir de magasin. Les parapets avaient été réparés et on avait construit en avant un bastion qui n’avait aucune communication avec l’intérieur.

 

Dans ce désert de sables brûlants, il faut 11 lieues (53 km) par jour pour arriver à un puits où se trouve un peu d’eau salée, sulfureuse et chaude. La mer n’est qu’à une lieue (4,800 km) d’un petit bois de palmiers d’où nos troupes préparèrent l’attaque de mars.

 

La garnison est composée d’environ 450 hommes. Outre le 1er bataillon de la 13ème demi-brigade, s’y trouvent également une compagnie de canonniers, quatre mineurs, deux officiers de Santé, des employés de l’hôpital et de la manutention et trois officiers du génie dont le chef de bataillon  Louis-Joseph Cazals. Commandant le fort.

 

Le 1er nivôse An VIII (22 décembre 1799), les 60 000 hommes de l’armée ottomanes commandée par Yusuf Pacha, venant de Jaffa, investissent le fort. Ils sont accompagnés du colonel anglais John Douglas. Ce dernier, par l’intermédiaire d’un émigré français servant dans les rangs Turcs, somme le commandant Cazals de se rendre. L’officier français répond : « Je défendrai jusqu’à la dernière extrémité la place qui m’a été confiée, comme l’exigent mon honneur et mon devoir. »

 

Le fort est pilonné par les batteries ennemies. Le 4 nivôse, les assaillants progressent de proche en proche sur le glacis et se logent dans les décombres. Ils sont refoulés par une sortie française.

 

Les troupes en Egypte sont démoralisées depuis le départ de Bonaparte (23 août 1799) et beaucoup de soldats souhaitent retourner en France sans doute est-ce la raison pour laquelle, ce 4 nivôse, une pétition est signée et présentée à Cazals par huit soldats qui estiment que toute résistance est inutile. De surcroît, les habitants du fort assurent que les troupes auront la vie sauve en cas de rédition.

 

Le lendemain (25 décembre 1799), face à cette situation, le commandant harangue ses hommes rassemblés devant le drapeau de la 13ème demi-brigade : « La garnison d’El Arish veut donc se déshonorer et on verra pour la première fois des Français préférer de se rendre lâchement  à l’honneur de combattre… Avez-vous oublié que vous êtes l’avant-garde de l’armée et que vos frères comptent sur vous pour arrêter l’ennemi pendant qu’ils se réunissent pour venir à votre secours ; vous espérez être conduits en France ? Mais la France y rejettera loin de son sein ceux qui l’auraient trahie et déshonorée. » Il est interrompu par des cris séditieux que les officiers ne peuvent contenir ; enfin, il obtient le silence et reprend : « Soldats, si tout ce que vous venez d’entendre ne peut vous satisfaire, s’il se trouve parmi vous des lâches pour se déshonorer, qu’ils sortent et aillent trouver l’ennemi. Je vais leur faire ouvrir les portes. Quant à moi, je me défendrai jusqu’à la dernière extrémité avec les officiers et les braves qui ont le sentiment français. » A ce moment, les portes sont ouvertes ; nul ne bouge et tout rentre dans l’ordre.

 

L’ennemi s’est rapproché et a abattu une partie des parapets et des courtines. Dans la matinée du 8, pour chasser les Turcs de leur premier boyau, Cazals ordonne à Feray d’effectuer une sortie avec ses Grenadiers ; seulement 3 acceptent. Au moment où Feray rentre dans la lunette (bastion), une partie de la garnison abat alors le drapeau qui se trouve au-dessus de la porte ; les canonniers cessent leur tir et le drapeau blanc est hissé. Le capitaine Guillemin défend avec deux soldats le drapeau ramassé et repositionné par un sergent des Grenadiers. Malgré les efforts des officiers, les mutins jettent des cordes par-dessus les remparts.

 

Le colonel anglais Douglas pénètre par ce moyen dans le fort, précédé par les Turcs qui coupent la tête de ceux-là même qui les avaient aidés à avancer et désarment les autres. Pendant ce temps, Cazals et un petit nombre de fidèles se barricadent sous la voûte du porche, refusant de se rendre.

 

A ce moment-là, le sergent canonnier Pierre Triaire, s’enferme dans le magasin à poudre dont il a la garde et fait sauter le fort s’ensevelissant lui-même sous les décombres mais faisant périr un grand nombre de Turcs. Par représailles, les ottomans décapitent leurs prisonniers dont le commandant Granpain. « Semblables à un torrent furieux, les Turcs se précipitèrent dans la forteresse et portèrent partout le ravage et la mort. L’Aga des Janissaires et Rajel Pacha ne purent qu’à grand peine faire cesser le carnage. » (1) « Mustapha Pacha monta à la citadelle (…) ; il fit jouer la Nouba ; ce fut pour eux une très grande joie. » (2)

Le commandant Cazals, dix officiers et 160 hommes, seuls survivants de la garnison, furent conduits au camp du Vizir ; delà, ils furent amenés prisonniers à Gaza.

Nous ignorons quelle fut la participation de Laurent dans cette affaire au cours de laquelle il perdit la vie, le 30 décembre 1799.

 

1800 13ème demi-brigade en Egypte - 1

1800 13ème demi-brigade en Egypte – 1

Sgt Triaire 2

Sgt Triaire 2

Sources :

* Archives départementales de l’Indre :

- Registres de baptêmes, mariages et décès de Vicq-sur-Nahon

- Minutes notariales de Vicq-sur-Nahon

 

* Service Historique de l’Armée de Terre :

- Historique de la 13ème demi-brigade (Cote Xb 235) – Note 1.

- Etat nominatif de la 13ème demi-brigade An Vi (Cote 18 yc 25 – n° 112) – Etat de service de Laurent Huet (taille de 4 pieds 10 pouces = 1M47)

 

* Livres :

- Journal d’un notable du Caire durant l’expédition d’Egypte – Abd-Al-Rahmân Al- Jabartî – Albin Michel, Paris (1979)

- Mémoire sur l’expédition d’Egypte – Joseph Marie Moiret – Belfond (1984) – Note 2

 

-Par Philippe-

  • -G- Gaspard

    Gaspard ESCRIVA est né le 22 août 1908 à Marengo (Algérie) de Gaspard ESCRIVA et de Dolorè…
  • -F- Fille-mère

    A notre époque, être fille-mère ne serait pas aussi choquant qu’auparavant. Les femmes de …
  • -D- DESVERNES Marie Camille

    Marie Camille DESVERNES, mon arrière-arrière-grand-mère. Ma sosa 25. Elle est née le mardi…
Charger d'autres articles liés
  • -G- Gaspard

    Gaspard ESCRIVA est né le 22 août 1908 à Marengo (Algérie) de Gaspard ESCRIVA et de Dolorè…
  • -F- Fille-mère

    A notre époque, être fille-mère ne serait pas aussi choquant qu’auparavant. Les femmes de …
  • -D- DESVERNES Marie Camille

    Marie Camille DESVERNES, mon arrière-arrière-grand-mère. Ma sosa 25. Elle est née le mardi…
Charger d'autres écrits par peregrinationsancestrales
  • -G- Gaspard

    Gaspard ESCRIVA est né le 22 août 1908 à Marengo (Algérie) de Gaspard ESCRIVA et de Dolorè…
  • -F- Fille-mère

    A notre époque, être fille-mère ne serait pas aussi choquant qu’auparavant. Les femmes de …
  • -D- DESVERNES Marie Camille

    Marie Camille DESVERNES, mon arrière-arrière-grand-mère. Ma sosa 25. Elle est née le mardi…
Charger d'autres écrits dans ChallengeAZ

2 Commentaires

  1. Sébastien | Marques Ordinaires

    5 novembre 2020 à 9 h 59 min

    Je découvre cet épisode de l’histoire que je ne connaissais. Quel récit ! C’est captivant, malgré la fin tragique.

    Répondre

    • peregrinationsancestrales

      5 novembre 2020 à 15 h 43 min

      Merci pour ta lecture et ton commentaire Sébastien :D

      Répondre

Laisser un commentaire

Consulter aussi

#RDVAncestral -2

Aujourd’hui, nous sommes le samedi 15 août 2020. Je suis à Fouras. Nous sommes là pour que…